Dans cette période de campagne électorale,
il est beaucoup question d'éducation. Tous les candidats
affirment la nécessité d'en faire une priorité.
La réussite des jeunes semble être une préoccupation.
Nous pourrions nous en satisfaire mais en fait cela ne saurait nous
suffire. Car de quoi parle-t-on réellement ? S'agit-il d'un
affichage politiquement correct ou de corriger à la marge
les inégalités ou bien d'un réel engagement
pour permettre à tous les jeunes de réussir à
l'Ecole ?
Or que nous soyons enseignants, acteurs de l'éducation, citoyens
nous sommes préoccupés par l'avenir de tous les jeunes
et particulièrement des jeunes des milieux les plus défavorisés.
Et nous voulons que les débats sur l'école débouchent
sur un véritable engagement de l'Etat à garantir l'accès
de tous les jeunes aux savoirs, à garantir que plus aucun
jeune ne soit laissé sur le bord du chemin. Nous voulons
également que les conditions sociales ne soient, pour personne,
un obstacle à la poursuite d'études et à l'acquisition
d'une formation.
Certains tentent de faire croire à l'opinion qu’on
pourrait garantir l'égalité des chances sans en expliquer
le caractère mensonger en ne disant pas ce que deviennent
dans leurs projets les élèves les plus fragiles. Prétendre
mettre tout le monde sur une même ligne de départ ne
garantit en rien l'arrivée de chacun. Nous préférons,
nous, le concept d'égalité effective d'accès
à l'éducation, à la formation, à la
culture et à la qualification. Cela implique des changements
réels pour l'Ecole (école primaire, collège,
lycée).
Nous ne pouvons pas accepter non plus les discours actuels de démolition
: l'Ecole ne saurait pas apprendre à lire aux élèves,
elle enregistrerait une baisse importante du niveau de connaissance,
elle serait le lieu des incivilités... Et il est intolérable
que les élèves et leurs familles soient tenus pour
responsable de leurs difficultés scolaires. Il en va ainsi
de l'apprentissage à 14 ans qui sonne le glas d'un véritable
collège pour tous, des injonctions aux enseignants sur les
méthodes d'apprentissage (lecture, calcul ...).
Nous ne nous contenterons donc pas non plus d'entendre des discours
flatteurs sur l'Ecole d'autant que le contexte actuel ne peut que
nous inquiéter. Ce que nous vivons depuis des mois est un
renoncement sans précédent à la réussite
de tous les jeunes. C'est l'installation d'une école à
plusieurs vitesses, d'une Ecole qui au lieu de combattre les difficultés
scolaires contribue à les accentuer. Les suppressions de
postes de ces dernières années en sont un des signes
les plus visibles. Depuis des mois nous alertons sur le sort qui
est fait à l'Ecole et nous redisons avec force à tous
les candidats à la fonction de Président de la République
: les idées apparemment les plus simples ne sont pas forcément
les meilleures !
Certes, l'Ecole ne peut pas tout. Le lien entre les inégalités
sociales et les inégalités scolaires est aujourd'hui
une réalité connue de tous. Des politiques d'emploi,
de logement, de santé...doivent permettre de contribuer à
la réduction des inégalités. Mais l'Ecole doit
faire encore mieux que ces dernières années. Il n'est
d'ailleurs pas inutile de rappeler que l'Ecole a su répondre
au défi de la massification rendue nécessaire par
les exigences éducatives, sociales, culturelles et économiques
de la société. De 11 % d'une classe d'âge au
baccalauréat en 1960 nous sommes maintenant à plus
de 62 %. Certes aujourd'hui encore trop de jeunes sortent du système
éducatif sans diplôme ni qualification. La contribution
de l'école à cette lutte contre les inégalités
est essentielle et son bilan actuel est loin d 'être catastrophique
comme le prétendent certains et les dernières données
de la recherche, les études statistiques le prouvent. Enseigner,
éduquer n'est pas chose simple. Vouloir convaincre l'opinion
de l'inverse relève de l'illusion et du mensonge. L'Ecole
a en particulier la responsabilité de faire apprendre la
complexité du monde, de savoir traiter la difficulté,
les difficultés. Oui l'échec scolaire existe, oui
il doit être combattu. Cela nécessite de réfléchir
aux conditions de la démocratisation du système éducatif,
de promouvoir des dispositifs qui ont pu faire leurs preuves sur
le terrain mais sont méconnus et de chercher avec l'ensemble
des acteurs de l'école des propositions qui soient de véritables
mesures innovantes (le développement et la diffusion des
pratiques différenciées, le développement du
travail en équipe, l'amélioration des conditions de
scolarisation des élèves, l'organisation de l 'Ecole,
le renforcement de projets éducatifs territoriaux articulés
avec les projets des écoles et des établissements....).
L'école a déjà fait beaucoup. Les résultats
encourageants, voire positifs, d'un grand nombre de ZEP dans un
contexte de dégradations sociales en sont un bel exemple.
Et pour cela chaque jour des enseignants s'investissent, des équipes
réfléchissent, des acteurs travaillent en complémentarité
avec l'école.
Notre pays dispose pour cela d'une véritable richesse, d'un
engagement des enseignants et de tous ceux qui travaillent au quotidien
au côté de la jeunesse dans l'école mais aussi
autour de l'école. Il faut croire en la possibilité
de tous les jeunes de réussir, il faut avoir le courage d'engager
une véritable transformation du système éducatif,
avoir la volonté d'y mettre les moyens nécessaires.
L'éducation ne saurait participer d'une logique quantitative,
d'une logique comptable mais bien d'une logique humaine. Il s'agit
de construire une société où toutes les femmes
et tous les hommes auront la capacité de conduire leur vie
personnelle, civique et professionnelle en pleine responsabilité
et seront capables d'adaptation, de créativité et
de solidarité.
De tout temps l'école a été un choix de société.
C'est parce que nous voulons une société plus juste,
plus égalitaire, plus humaine et plus citoyenne que nous
voulons que l'éducation soit considérée au
travers d'actes concrets comme un élément essentiel
du patrimoine de notre société.
Le défi est aujourd'hui de permettre à tous les jeunes
d'accéder à l'éducation, à la culture
et à une qualification.
CEMEA – CRAP Cahiers Pédagogiques –
EDUCATION & DEVENIR - FERC/CGT – FSU -GFEN – ICEM
Pédagogie Freinet – JPA – LIGUE DE L'ENSEIGNEMENT
– OCCE – SGEN/CFDT – UNSA Education
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