Après une présentation complète de l'action du Comité lors de l'épisode dit "du Latran et de Riyad" , M. Duplissy, président de la Ligue 30 a fait le point sur les derniers évènements qui justifient cette réunion, à savoir le jugement prononcé par le tribunal civil de Lille portant annulation d'un mariage au motif que l'épouse aurait menti à son futur conjoint sur son état de femme non vierge
La discussion fut ensuite générale et porta sur les problèmes nouveaux qui se posent aux défenseurs de la laïcité les évolutions de la société contemporaine. Nous en faisons un résumé thématique ci-dessous.
1- Ce qui a été fait :
Tout ce que notre pays compte de défenseurs ou de partisans de la laïcité s'est trouvé insulté par les propos du président Sarkosy prononcés à Rome, confirmés à Riyad et puis lors du dîner du CRIF. Ces propos qui mettent le président en totale opposition à l'article premier de la Constitution n'ont pas é&té acceptés par tous ceux et toutes celles pour qui l'idée même de République est inséparable des notions de valeurs républicaines dont la première est la laïcité.
A l'initiative de la Ligue 30, une réunion s'est tenue à l'Agora, rassemblant pus de 50 participants représentant les partis, syndicats, associations, groupements et mouvements attachés aux valeurs laïques. La décision fut prise d'écrire une lettre de protestation au Président de la République et aux parlementaires gardois, ainsi qu'aux candidats aux élections municipales et cantonales qui allaient avoir lieu.
Cette lettre fut apportée par une délégation à la préfecture du Gard, reçue par le Préfet en personne.
2- Le jugement de Lille :
Ce cas illustre bien le retour des valeurs religieuses dans la sphère publique. Quels sont les faits ? Une jeune femme se marie non-vierge, mais elle ne l'a pas dit à son mari qui est devenu un croyant pointilleux. Celui-ci demande l'annulation parce que sa femme lui a menti "sur un aspect essentiel de sa personne". La jeune femme est d'accord car elle ne voulait se sortir de cette situation ubuesque. Le tribunal , considérant que les deux protagonistes étaient d'accord, prononce l'annulation. Ce jugement, apparemment anodin, est un vrai piège pour la démocratie et les droits de l'homme : en effet, il crée une dissymétrie énorme entre l'homme et la femme car il n'est jamais question qu'un homme mente sur sa virginité car la question ne lui est jamais posée (et puis un homme expérimenté ...).
La suite a montré que la ministre de la justice a elle aussi commis une faute grave en prenant une attitude compréhensive : elle n'a pas su sortir de sa vie privée et se hausser au niveau e sa charge qui est de veiller , dans son ministère, au respect strict de la constitution et à la règle d'égalité au regard de la loi entre les sexes.
3- Faire face à la nouveauté:
- Une nouveauté déjà ancienne : l'islam. Bien que le nombre de musulmans n'est cessé de croître depuis les années 1930, jusqu'à devenir les plus nombreux après les catholiques dans les années 60, la visibilité de cette religion n'est perçue que depuis une vingtaine d'années. La particularité propre de cette religion (absence de hiérarchie officielle, éclatement en groupes d'origine ethniques ou nationales, courants rivaux et quelquefois ennemis..), l'origine de ses adeptes venus de nos anciennes colonies perpétuant un regard paternaliste (au mieux) jusqu'à raciste (au pire), la montée des attentats fanatiques partout dans le monde -surtout dans les pays musulmans- et aussi du World Trade Center, ont créé des conditions très difficiles pour une pratique religieuse aussi apaisée que celle des autres religions de notre pays.
La volonté de l'état de structurer un "islam français" est-elle compatible avec notre notion de laïcité et la loi de 1905 ?
- Avec l'arrivée de groupes de migrants de diverses origines, se créent des communautés de soutien et de partage, d'aide à l'insertion dans notre société. Il en a toujours été ainsi et ces communautés n'ont jamais été un frein pour la république, mais le contraire.
Par contre, si ce regroupement en communauté se renferme sur lui-même, aidé en cela par des attitudes trop souvent hostiles des services de l'état, les déclarations haineuses ou méprisantes des politiques ( se souvenir non seulement de Le Pen mais aussi de Chirac et de ses "odeurs" !). Alors cette communauté se veut à part de la nation d'accueil, elle veut perpétuer ses traditions (y compris les pires au regarde de l'égalité homme-femme et quelquefois meurtrières comme les crimes d'honneur) et ses lois mêlant le sacré et le public. Ceci est nommé communautarisme par les anglo-saxons et ne saurait être admis dans notre pays où tout homme est l'égal d'un autre quelles que soient ses origines, ses options philosophiques, politiques ou religieuses.
Comment tracer une frontière entre ces deux notions ? Qu'est-ce qui est du domaine du religieux et du domaine de la tradition ? Du domaine privé et du domaine privé ?
- La situation des femmes est-elle un problème à rattacher à la laïcité, à la justice sociale, à la Justice, à l'éducation ? La réponse est qu'il y a des interactions entre toutes ces dimensions que nous pourrons aborder dans le cadre du "faire société".
- Le "plafond de verre" auquel se heurtent les fils et filles de l'immigration, qu'ils aient ou non réussi leurs études pour s'insérer socialement n'est-il pas un scandale auquel les laïcs que nous sommes se doivent d'agir ?
L'ensemble de ces questions nouvelles, la situation très instable au regard de l'évolution d'un système économique devenu incontrôlable, d'un épuisement de plus en plus rapide des ressources de la planète, les tentations qui ne vont pas manquer de se faire jour des populistes de tout acabit, des faux prophètes (y en-y eut-il de vrais ?) et autres manipulateurs vont rendre plus que jamais nécessaire de faire triompher la Raison, et grâce aux valeurs laïques , de regrouper les humains de bonne volonté.
JC MICHEL |
Discours de Geroges Duplissy, président de la Ligue de l'enseignement du Gard
Le 24 janvier, une trentaine d’organisations laïques se réunissaient à l’initiative de la Ligue de l’Enseignement à Paris, pour dénoncer les déclarations de Nicolas Sarkozy lors de deux discours suc-cessifs, le 20 décembre au Vatican et le 14 janvier à Ryad devant le Conseil Consultatif d’Arabie Saoudite. Le Président de la République a réaffirmé ses conceptions le 13 février à Paris, lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives en France (le CRIF). En mêlant, lors de ces déclarations, ses convictions personnelles et sa fonction présidentielle qui l’oblige à être le garant de la laïcité de la République, en dévalorisant les principes laïques et en instru-mentalisant les religions, il a largement contribué au rassemblement des organisations laïques dans notre département, comme dans toute la France, puisque l’appel « Sauvegardons la laïcité de la République » a recueilli en trois mois plus de 150.000 signatures et le soutien de 145 organisations associatives, philosophiques et syndicales, ainsi que la création dans le Gard d’un comité de vigilance - qui a rencontré le Préfet - mandaté pour condamner l’attitude du Président de la République. La démonstration est faite : les français sont profondément attachés à la laïcité. Ils refusent toute remise en cause de ses principes, à commencer par les fondements de la loi de 1905. Mais si nous pouvons être fiers de ce succès, il nous faut bien constater, qu’une fois encore, nous nous sommes mobilisés contre : - contre une remise en cause de nos principes, - contre une révision de la loi de 1905, - contre des déclarations inacceptables. C’est bien, mais c’est insuffisant. Comme toutes les écoles de pensée et, devant une société très diverse, le mouvement laïque se cherche et réfléchit. Le mariage annulé par le tribunal de Lille parce que la mariée avait menti sur sa virginité en est la démonstration. Cette annulation a provoqué un vif débat de société car cette affaire, privée au demeurant, dépasse la relation entre deux personnes et concerne l’ensemble des citoyens de notre pays et notamment les femmes. Comment ne pas affirmer notre solidarité avec toutes ces femmes, obligées de mentir sous le boisseau d’un archaïsme patriarcal hors d’âge ? Comment ne pas vouloir exiger de l’Etat d’affirmer sa laïcité et d’être le garant de l’égalité entre les hommes et les femmes, en éliminant des divers codes toutes les dispositions qui porteraient atteinte à cette égalité ? Une campagne européenne contre les mariages forcés, initiée en Hollande en janvier par une fédéra¬tion musulmane et la municipalité de Rotterdam, a été lancée ces jours à Paris et St Denis, afin d’amorcer une réflexion sur un sujet complexe. Pour nous, je le crois, le débat est nécessaire car la diversité est davantage source de richesse que de conflit. Mais ce débat doit être serein et constructif pour repréciser les modalités du vivre ensemble aujourd’hui. A nous de le décider. |